Kōdō 行動 : Pourquoi l’action imparfaite vaut mieux que le plan parfait

Voici comment ce concept japonais peut débloquer vos projets, pas à pas.

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On pense souvent que pour commencer un projet – apprendre une langue, lancer un site, se remettre au sport – il faut d'abord être motivé. Nous attendons l'étincelle, le moment parfait, le plan sans faille.

Au Japon, il existe une notion qui inverse cette logique : le Kōdō (行動).

Si nous le traduisons simplement par "action" ou "comportement", nous passons à côté de sa subtilité. Dans la gestion de projet comme dans les arts martiaux, le Kōdō nous enseigne une vérité brutale mais libératrice : l'action ne suit pas la motivation, elle la crée.

Voici comment ce concept japonais peut débloquer vos projets, pas à pas.

1. Ce que les Kanjis nous disent

Pour comprendre le sens profond, regardons l'écriture. Kōdō s'écrit avec deux caractères :
(Kō) : Signifie "aller", "voyager", mais aussi "la ligne". Il implique une direction.
(Dō) : Signifie "bouger", "se déplacer", "mouvement".

Le Kōdō, ce n'est pas l'agitation désordonnée. C'est se mettre en mouvement dans une direction donnée. Ce n'est pas nécessairement "courir vite", c'est simplement le fait de briser l'inertie.

Note culturelle : Attention aux faux amis ! Si vous cherchez "Kōdō" sur internet, vous tomberez peut-être sur la "Voie de l'Encens" (香道), un art traditionnel raffiné. Mais ici, nous parlons du Kōdō écrit 行動 : l'Action et le Mouvement. En japonais, un même son peut cacher deux réalités opposées !

2. Le piège de la "Paralysie par l'analyse"

Dans mon métier de consultant digital et RH, je vois souvent des projets s'enliser non pas par manque de compétences, mais par excès de réflexion. On veut tout anticiper. La culture occidentale nous apprend à penser avant d'agir (ce qui est bien). Mais poussé à l'extrême, cela devient de la peur déguisée en préparation.

Le Kōdō japonais, surtout tel qu'on le ressent dans la pratique du Budo (arts martiaux), nous apprend que la réflexion se fait dans l'action. Vous ne pouvez pas apprendre à corriger votre posture si vous ne bougez pas d'abord.

  • "Même la poussière, si on l'accumule, devient une montagne."
    "Chiri mo tsumoreba yama to naru."


Ce proverbe japonais illustre parfaitement l'esprit du Kōdō. Ce n'est pas la taille du pas qui compte, c'est le fait qu'il soit posé.

3. La leçon du DOJO : la règle des 5 minutes

Au Shorinji Kempo, ou dans tout apprentissage rigoureux, il y a des jours "sans". Des jours où le corps est lourd, où l'esprit est ailleurs. Si l'on attend d'avoir envie d'y aller, on n'ira jamais. Le secret du Kōdō est d'ignorer le cerveau émotionnel ("Je n'ai pas envie") pour activer le corps.

Comment l'appliquer à vos projets pro ou perso ?
Appliquez la "Règle des 5 minutes" :

  • Vous devez écrire un rapport ? Dites-vous : "J'ouvre juste le fichier et j'écris le titre."

  • Vous devez faire du sport ? Dites-vous : "Je mets juste mes baskets."

Une fois le mouvement (Kōdō) initié, la dopamine se déclenche, et la motivation suit. C'est biologique. L'action est le moteur, pas la remorque.

4. Passer du "PLAN" au "PAS"

Pour transformer vos ambitions en réalité, arrêtez de regarder le sommet de la montagne. Regardez où vous posez vos pieds.

  • Ne dites pas : "Je veux être bilingue en japonais." (C'est plutôt effrayant comme objectif non ?).

  • Faites du Kōdō : "Aujourd'hui, j'apprends 3 Kanjis pendant mon café." (C'est un objectif réalisable, atteignable).


Le Kōdō est l'antidote au perfectionnisme. Une action imparfaite entreprise aujourd'hui vaudra toujours plus qu'un plan parfait repoussé à demain, ou plus tard.

Et vous, quelle est la plus petite action (imparfaite) que vous pouvez faire aujourd'hui pour un projet qui vous tient à cœur ?